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J’ai passé les dernières années à me demander à quoi servait ma job.
Pourquoi j’ai choisi ce métier-là, quand je pourrais avoir une job stable, avec des assurances et un plan de retraite.

Au fil du temps, j’ai bâti inévitablement une relation toxique avec ma caméra. Je devais performer, je devais tout accepter si je voulais en vivre. Je devais faire tout, être bonne dans toutes les sphères et aussitôt que des amis/clients allaient voir ailleurs, je le prenais personnel. Comme si j’étais une moins bonne personne parce qu’on ne m’appelait pas. J’ai dû déconstruire plein d’affaires, mettre des limites et arrêter de m’identifier que comme photographe. Mais ça m’a amenée à réfléchir au début de ma passion. Comme n’importe qui, qui perd sa boussole interne, j’imagine.

Mes parents étaient vraiment bons pour nos souvenirs. On avait des albums photos remplis à rabord et mon père filmait tout, caméra à l’épaule. On a eu la chance d’écouter nos VHS toute ma jeunesse. Je m’en souviens encore d’un soir, dans la maison familiale. Mon père m’a mis une caméra argentique dans les mains et m’a expliqué tout le mécanisme. Il m’a expliqué la lumière. Les ouvertures. L’exposition. J’avais peut-être 10 ans. Je me souviens d’être frustrée de ne pas comprendre le côté logique de la chose. J’ai pris une photo de lui ce jour-là. Je me souviens de la teinte chaude de la lumière de la salle à manger. Cette image est ancrée dans ma mémoire. Je venais d’immortaliser un moment précis. J’avais pas besoin de comprendre comment. J’avais juste besoin d’un pourquoi.

Après j’ai eu ma première caméra « point and shoot ». C’était l’époque des toupets crêpés. Des vrais selfies. Du maquillage pas subtile et des séances photos entre amies au parc. J’aimais déjà beaucoup documenter mes journées. C’est lors de mon premier voyage à vie que j’ai compris que c’était vraiment important pour moi.

Honduras, voyage du secondaire. 16 ans, premier avion. Si loin des miens, c’était tellement vertigineux. Je me souviens de paniquer et de me dire que c’était une gaffe une fois assise dans mon banc d’avion. La peur s’est rapidement changée en épanouissement. Je voulais absolument partager à ma famille ce que j’avais vu de mes yeux. Le pélican à contre-jour. Les vêtements au vent sur la corde à linge sur notre île. Les étudiants de la petite école du village, la rue au golden hour, l’eau turquoise qui brillait, la maman qui nous a hébergés, les fourmis sur le mur. Je voulais tellement me rappeler de tout. Je voulais pouvoir tout expliquer à mon retour. J’espérais tellement revivre ces feelings-là une fois à la maison. Clic clic. C’était décidé. J’allais devenir photographe.

Au fil des années, l’épuisement a fait des apparitions, ainsi que les doutes, les remises en question. Mais j’essaie de me rappeler qu’on est importants. Pas parce qu’on est indispensables. Pas parce qu’on doit toujours performer. Mais parce que les gens nous confient des morceaux de leur vie qu’ils ne pourront jamais revivre exactement de la même façon.

Avant que quelqu’un décède, c’est nous qu’on a appelées. Le photoshoot avant mastectomie, c’est à nous qu’on a fait confiance. Le mariage où chaque détail a été réfléchi, c’est à nous de ne pas en manquer. La grossesse tant attendue, c’est nous qui l’avons immortalisée. Le nouveau-né qui grandit à toute vitesse, on s’est occupée de le figer dans le temps. Les naissances, les deuils, les fêtes, les mariages, les graduations, les pertes animales, les bedaines, les fiançailles, les corpos de gens fiers qui lancent leur entreprise, les photos d’employés de compagnie d’ici, les photos de campagnes politiques qui valent pour beaucoup, les maisons à vendre qui ont vu des familles grandir…

How lucky are we?

Si tu lis ça et que t’es dans un domaine artistique, que tu te sens seule et que tu perds un peu ton « pourquoi », sache que t’es important. La société a besoin des arts. On a besoin de documentation. On a besoin de vivre nos émotions. On a besoin de se souvenir. Et on a la photographie pour se souvenir.

On a besoin de ton œil et de ton cœur. Mets-y toujours ton cœur.

« La photographie prend un instant dans le temps et, en le maintenant immobile, transforme la vie. » — Dorothea Lange

— Emily

Emily

Auteur Emily

Je suis maman de deux petites filles, amoureuse depuis 2008, photographe à temps plein, maman à la maison, fan de plein air, de cocooning, de plantes et de déco. J'aime le café, la bonne bouffe, courir, le yoga, voyager et méditer. J'aspire à une vie équilibrée et douce avec les miens.

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