Dernièrement, j’ai vécu quelques évènements qui ont égratigné mon féminisme. J’avais envie d’en parler.
Être travailleur autonome, c’est difficile.
Être maman à la maison, c’est difficile.
Être photographe, c’est difficile.
Être travailleur autonome, photographe ET maman à la maison, c’est ultra méga difficile.
Ma propre mère, quand vient le temps de nous présenter, appelle Oli LE photographe de Karma Photo. En omettant le fait que je le suis aussi.
Ma belle-mère demande sans cesse à mon amoureux si « je l’aide au travail ».
Le nouvel amoureux de ma belle-sœur confirme à Olivier qu’il est photographe. Quand Oli le reprend pour lui dire qu’on l’est tous les deux, ma belle-sœur s’excuse en disant : « Ah, mais c’est que toi t’es plus créative! »
Ça m’a fait réfléchir. Beaucoup.
J’essaie de comprendre où, dans la tête des gens, je suis moins photographe qu’Oli.
Comment c’est possible que, même si j’ai bâti une entreprise, qu’on est pleinement autonomes et à notre compte depuis 15 ans, que j’ai travaillé d’arrache-pied sur je ne sais plus combien de photoshoots, mariages, contrats, quand vient le temps de nous présenter, il n’y a qu’Olivier qui fait des photos.
J’en suis venue à deux conclusions :
La première, c’est que c’est toujours moi qui fais les « behind the scènes » et qui m’occupe des réseaux sociaux. (Je sais, je travaille, imaginez!) À force de ne voir que le visage de mon conjoint, j’imagine que les gens oublient que quelqu’un doit faire la photo ! 😂
Mais grossièrement, j’ai l’impression qu’on assume à tort que, comme je suis AUSSI maman à la maison, mon rôle au sein de l’entreprise est moindre. Et c’est ici que j’ai mal.
J’ai mal surtout parce que ces accusations viennent d’autres femmes. Qui sont supposées comprendre l’ampleur de mes travails. Faut qu’on en parle.
J’ai shooté enceinte de 38 semaines. J’ai traîné mes bébés sur une tonne de shoots. J’ai fait garder mes enfants presque chaque week-end d’été par ces femmes, pour travailler de immenses journées de mariages.
Je tirais mon lait sur les contrats, j’allaitais en retouchant les images.
J’ai dû reprendre le travail après avoir accouché de mon enfant mort quelques jours après, parce que travailleuse autonome. J’ai jonglé avec les deux pendant des années. Et malgré tout ça, c’est l’homme dans l’entreprise qui a tout le mérite.
En toute honnêteté, après un burn-out important, on a restructuré l’entreprise pour que je reprenne mon souffle, et le genre de contrats qu’on a maintenant convient plus à Oli. Sauf que j’ai encore ma place. Je travaille encore, même si on ne met pas toujours des « behind the scenes ».
J’ai demandé de l’info à ChatGPT. Voici d’autres raisons d’être frustrée :
•En 2019, 85 % des photographes exposés au MoMA (NY) étaient des hommes【source : Guerrilla Girls】.
•Dans les grandes foires internationales (comme Paris Photo), moins de 25 % des photographes présentés sont des femmes, et ce chiffre descend parfois en dessous de 15 % dans les galeries de prestige【source : Women in Photography UK】.
•Selon les recherches du collectif Women Photograph (2023), sur plus de 100 000 photographies publiées dans de grands médias internationaux (New York Times, Reuters, Le Monde, etc.), seulement 15 à 20 % ont été prises par des femmes.
•Moins de 20 % des lauréats du World Press Photo sont des femmes depuis sa création en 1955.
•Les grants de photojournalisme (comme ceux de Magnum ou Pulitzer) sont attribués à une majorité écrasante d’hommes, souvent plus de 75 %.
•Les femmes racisées, trans, grosses, âgées ou handicapées sont quasi absentes des récits visuels dominants — ou réduites à des archétypes (exotisme, victimisation, etc.).
•Seulement 0,5 % des photographes trans ou non-binaires sont représenté·es dans les collections publiques majeures (données Women Photograph 2023).
•Le regard photographique dominant est masculin (male gaze) : dans la plupart des cas, ce sont des hommes qui tiennent la caméra et qui construisent la narration visuelle.
•Les femmes photographes peinent à percer dans les sphères d’influence (galeries, presse, institutions), malgré un nombre croissant de femmes formées en photo.
•La visibilité médiatique et économique reste inégale, même lorsque la qualité artistique est équivalente.
C’est tellement difficile d’être une femme en affaires que des programmes de prêts et de bourses ont été créés spécialement pour nous soutenir. Et pourtant, on nous a refusé l’accès à ces aides… parce que notre entreprise est composée à parts égales d’un homme et d’une femme. 50/50. Pas assez « féminine » pour mériter du soutien, apparemment. Ironique, non ? Même quand une femme construit la moitié de l’édifice, ce n’est pas suffisant.
« Être femme derrière l’objectif ne garantit pas une place dans les circuits de reconnaissance artistique, car le système reste verrouillé par des logiques patriarcales. »
Alors voilà. J’espère que ça peut faire réfléchir un peu sur nos réflexes en tant que société à assumer que l’homme dans l’entreprise en fait plus.
Parce qu’être femme, maman, artiste, entrepreneure, c’est pas un rôle secondaire. C’est pas du bénévolat dans l’ombre.
Et si on veut vraiment avancer, il va falloir qu’on apprenne à reconnaître la charge, à valoriser la création féminine, à dire les noms des femmes autant que ceux des hommes.
Comme ma fille de 6 ans dit : « Les filles peuvent faire tout ce qu’elles veulent, parce que GIRL POWER! »
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Emily